Intelligence Artificielle :
Une révolution douce mais profonde
Un parcours entre sciences humaines et lignes de code
Tout commence par des études en psychologie sociale, où il se spécialise dans la recherche. Très vite, il se familiarise avec les statistiques, les modèles prédictifs et l’analyse de données : « C’est vraiment le cœur de ce qu’on appelle aujourd’hui l’intelligence artificielle. »
Dès son plus jeune âge, il découvre la programmation, par curiosité et par envie de créer. Aujourd’hui, à l’efp, il coordonne une cellule d’innovation numérique pédagogique, où il explore les plus-values des nouvelles technologies dans l’apprentissage. À côté, il développe des applications immersives, des jeux, des expériences interactives. L’IA ? Un outil parmi d’autres, mais un outil qui change tout.
“ Je me souviens de ma première interaction avec ChatGPT, en novembre 2022. J’ai ressenti la même chose qu’en découvrant Yahoo en 1998.Une sorte de magie, une ouverture incroyable.
Une transformation à vitesse grand V
L’impact de l’IA n’est pas lent, il est fulgurant. Même les enseignants, les chercheurs, les experts n’avaient pas anticipé une telle accélération : « Ils s’imaginaient ces changements dans 5 ou 10 ans. Et finalement, tout s’est emballé. » La transformation touche tous les aspects du travail : automatisation, création de contenus, assistance à la décision. « Mes journées ne sont plus les mêmes. Avant l’IA, je faisais tout différemment. » Mais la véritable révolution, selon lui, c’est la vitesse. La quantité de nouveaux outils, d’innovations, de publications scientifiques est vertigineuse.
On assiste en effet à une prolifération de contenus générés par l’IA, qui soulève une problématique croissante : la saturation. Qu’il s’agisse de publications sur les réseaux sociaux, de vidéos ou de produits commerciaux, le volume explose.
« À titre d’exemple, Amazon a récemment dû limiter à trois le nombre de livres autoédités par jour et par auteur pour contenir cet afflux. »
L’IA, vraiment intelligente ? Un mythe persistant
Le plus grand malentendu, selon lui, est dans le mot « intelligence ».
Ce mythe entraine, d’une part, des attentes irréalistes. On attribue à l’IA une créativité, une conscience, voire une volonté propre. D’autre part, il nourrit aussi des peurs démesurées.
Aujourd’hui, chaque IA est spécialisée : l’une génère du texte, une autre crée des images, une troisième analyse des sons. Ces systèmes sont très performants dans leur domaine spécifique, mais incapables de transférer leurs compétences d’un champ à l’autre. C’est bien là la différence avec une vraie intelligence, comme la nôtre : on est capables d’apprendre, de raisonner, de s’adapter à plein de situations différentes.
L’IA ne nous pousse-t-elle pas à penser… comme elle ?
L’uniformisation des productions est un risque réel. Les contenus générés par IA finissent souvent par se ressembler. Les algorithmes s’appuient sur des bases de données communes, des modèles statistiques et des contenus populaires.
Résultat : une perte d’originalité, de diversité, de nuance.
Par ailleurs, ces productions ne sont pas neutres. Elles sont influencées par la nature des données sur lesquelles les IA sont entraînées, et peuvent à leur tour façonner nos représentations et nos identités.
« Les images générées par IA, par exemples des femmes sont généralement parfaites. Ça influence les représentations, les identités. »
Et c’est là que se pose une vraie question : comment créer avec l’IA sans reproduire ces biais ?
Dans le monde artistique : assistant ou concurrent ?


Le monde de l’intelligence artificielle fascine, inquiète, intrigue. Mais pour certains, comme Gaylord Luypaert, il s’agit avant tout d’un outil, puissant, certes, mais au service de l’humain. Techno-pédagogue à l’efp et développeur indépendant, Gaylord incarne cette nouvelle génération d’acteurs hybrides, à la croisée de la technologie, de la pédagogie et de la créativité.


J’ai envie de répondre : les deux.
Pour moi, l’IA agit d’abord comme un assistant: elle donne accès à des outils puissants, elle accélère les processus, elle démocratise la création. Aujourd’hui, un créateur seul dans sa chambre peut rivaliser avec un studio entier, grâce aux bons outils. « Motion capture, effets spéciaux, génération de voix… tout est à portée de main. »
Cela dit, de nombreux métiers et de processus changent déjà, et vont continuer à changer. Il y a une véritable modification de paradigme. J’aime beaucoup l’expression de Jean Condé, spécialiste de l’IA, qui parle d’un basculement « du contrôle du geste à la gestion du contrôle ».
On passe d’un savoir-faire incarné, physique lentement acquis, à un savoir-diriger, plus paramétré et stratégique.
“ Avec l’IA, l’artiste devient directeur artistique d’un processus assisté.
L’IA peut néanmoins être un concurrent, notamment pour certaines tâches créatives plus techniques ou répétitives. Certains usages peuvent être complètement automatisés. « Une étude de 2023 montrait que 26 % des tâches d’un artiste dans l’industrie peuvent déjà être réalisées par une IA. »
Ce qui peut faire la différence, c’est la vision et la capacité à garder du sens au milieu de l’automatisation.
Vers une IA omniprésente… et invisible
Pour Gaylord, l’IA va devenir de plus en plus intégrée, fluide, invisible. Pour de nombreux usages, on ne saura même plus quand on l’utilise. Elle sera partout, dans tous les logiciels, toutes les applications. « Tu ne parleras plus à un chatbot. L’IA sera une fonctionnalité, un réflexe. »
Il évoque l’avenir de son propre fils, encore tout jeune : « Il devra apprendre à vivre avec. Pas à la subir. Il faudra développer son esprit critique, sa capacité à douter. »
Plusieurs défis éthiques: Propriété et transparence
La question du droit d’auteur est centrale et pose de nombreuses questions. Aux États-Unis, l’U.S. Copyright Office a tranché : ce qui est généré par IA ne peut pas être protégé.
Pas de copyright, sauf si une modification humaine claire est apportée. Mais qu’est-ce qu’une modification “suffisante” ?
Et que faire des IA entraînées sur des œuvres protégées ? La frontière est floue. Certains artistes voient leur style copié, leurs créations pillées. « Tu peux entraîner une IA sur le travail d’un artiste pour produire des images dans son style. C’est une vraie atteinte. »
En Europe, l’AI Act veut imposer plus de transparence sur les données utilisées. Mais la bataille est loin d’être terminée.
Un dernier conseil : soyez curieux, mais lucides
Pour bien appréhender l’IA, il recommande : Ne pas avoir d’attentes irréalistes. Tester, expérimenter, essayer dans différents contextes, développer l’esprit critique et surtout: ne pas avoir peur.
Il cite le livre Co-Intelligence d’Ethan Mollick, chercheur et professeur, comme une excellente porte d’entrée pour comprendre le potentiel de l’IA dans nos vies. Il recommande aussi la chaîne YouTube Underscore_, pour une approche technologique et critique.
Et une dernière question : l’IA peut-elle faire de l’art ?
C’est la grande question qu’il pose à ses apprenants, ses collègues, ses amis. Et les réponses varient. Peut-on parler d’art si la « machine » ne ressent rien ? Et si l’émotion vient du prompt, de l’intention humaine derrière l’image générée ?
« Pour moi, l’IA peut accompagner une démarche artistique. Mais l’œuvre, c’est encore l’humain qui la signe. »
Et vous, qu’en pensez-vous ?
Gaylord Luypaert
Quelques outils
Outils de génération d'images :
Adobe propose une version gratuite de Firefly offre un nombre limité de crédits par mois. Ces crédits permettent de générer des images et d'utiliser les fonctionnalités basées sur l'IA.
OpenAI propose un nouveau modèle qui améliore considérablement la génération d’images dans ChatGPT. Cet outil est réservé aux utilisateurs payant (ChatGPT Plus).
Midjourney est une plateforme payante spécialisée dans la création d'images photoréalistes et artistiques, très prisée par les artistes, designers, et créatifs expérimentés. Elle se distingue par sa capacité à générer des images de qualité professionnelle. L’outil offre une grande flexibilité créative.
Outils de génération de textes:
ChatGPT (OpenAI) : Assistant polyvalent reconnu pour ses réponses conversationnelles naturelles, sa créativité et ses compétences en rédaction et en programmation.
Gemini (Google) : Assistant multimodal intégré à l'écosystème Google, capable de traiter divers types de données (texte, image, vidéo) et offrant des réponses factuelles précises.
NotebookLM est un outil expérimental développé par Google, conçu pour assister les utilisateurs dans la compréhension et l'organisation d'informations complexes. En intégrant l'intelligence artificielle, NotebookLM permet de résumer des documents, d'extraire des informations clés et de générer des documents à partir de diverses sources, telles que des documents PDF, des Google Docs, des diapositives, des liens web et des fichiers audio.
Perplexity AI : Moteur de recherche conversationnel combinant un agent conversationnel avec des capacités de recherche, fournissant des réponses sourcées et actualisées.
Mistral : Modèle open-source français apprécié pour sa flexibilité et son efficacité, offrant des solutions personnalisables pour les développeurs et les organisations.