Au creux des mains de Paolo Iori, la terre prend vie. Céramiste-mouleur et enseignant, il façonne bien plus que de simples objets : il donne forme à une passion, à un héritage technique et humain qui traverse les frontières et les générations. Son parcours, marqué par l’apprentissage autodidacte et le désir de partage, est un exemple de l’alchimie entre tradition et innovation.
De l’Italie à la Belgique, en passant par l’Angleterre et la Tunisie, Paolo n’a jamais cessé d’apprendre et de transmettre. Son expérience s’ancre dans des rencontres, des échanges culturels et une quête incessante de perfectionnement. Mais au-delà de la technique, ce sont les liens qu’il tisse qui donnent toute sa valeur à son art.


Paolo Iori Mains de
Terre


Une découverte par hasard, une vocation par passion
« La céramique est entrée dans ma vie un peu par accident », confie Paolo avec un sourire. Originaire d’Italie, il se destine d’abord à la peinture avant qu’un ami ne lui propose d’intégrer une coopérative spécialisée en céramique. Il commence alors par la décoration sur biscuit, apprenant à manier les couleurs et les émaux sur des pièces déjà façonnées.
« À l’époque, on ne postulait pas en ligne. On allait frapper aux portes. On discutait. C’est comme ça que tout a commencé », raconte-t-il avec nostalgie.
Très vite, son intérêt pour la matière première, la terre, prend le dessus sur la simple application de décors. Il quitte les pinceaux pour se plonger dans l’univers du moulage et de la reproduction en série. Son apprentissage se fait sur le terrain, aux côtés d’artisans expérimentés, dans un environnement à mi-chemin entre l’atelier artisanal et la production industrielle.
« J’ai eu la chance d’apprendre dans une coopérative qui accueillait des personnes en situation de handicap. L’expérience humaine y était aussi précieuse que l’expérience technique », souligne-t-il.
Douze ans plus tard, fort d’un bagage solide en moulage et en conception, Paolo se lance dans son propre travail artistique. Il expérimente, cherche, développe ses propres gammes de couleurs et textures. « C’était le moment de voler de mes propres ailes », dit-il.
L’Angleterre,
un tournant déci
Son parcours prend ensuite un virage inattendu : il part vivre à Londres, où il se consacre à la sculpture.
« Là-bas, j’ai découvert une approche différente de la céramique. Il y avait une liberté incroyable dans les formes et les matières. C’est en Angleterre que j’ai réellement compris que la céramique pouvait être bien plus qu’un objet fonctionnel », explique-t-il.
Cette période marque une transition importante dans son travail. Plus qu’un technicien, il devient un créateur à part entière. Il expose, explore les textures, affine son langage artistique. C’est aussi à Londres qu’il rencontre des artistes de diverses disciplines, nourrissant son désir d’échange et de transmission.




La Belgique : un ancrage, une transmission
L’amour le conduit ensuite en Belgique, où il s’établit en tant qu’indépendant. Il poursuit son travail de création tout en développant un intérêt grandissant pour l’enseignement.
« La transmission est venue naturellement. J’ai toujours aimé partager mes connaissances, et quand une école m’a contacté pour un projet, j’ai accepté sans hésiter », se souvient-il.
Depuis 2008, il est professeur à La Cambre, où il initie les étudiants au moulage et aux techniques céramiques.
« J’enseigne autant à des designers qu’à des sculpteurs. Certains n’ont jamais touché à la terre. Mon but, ce n’est pas seulement de leur apprendre une technique, c’est de leur donner envie d’explorer cette matière, de comprendre son potentiel », explique-t-il.
Son approche pédagogique repose sur une double exigence : la maîtrise des bases et l’ouverture à l’expérimentation. « Un bon artisan doit d’abord connaître les règles avant de pouvoir les transgresser », insiste-t-il.










L’art du moulage : entre tradition et innovation
Le moulage, souvent perçu comme un procédé purement technique, est pour Paolo une porte d’entrée vers la création.
« C’est un outil fabuleux. On peut l’utiliser pour reproduire, mais aussi pour transformer, détourner, expérimenter », explique-t-il.
Son travail repose sur une recherche constante autour des couleurs et des textures. Il passe des jours à tester de nouvelles teintes, à ajuster ses mélanges pour obtenir la nuance parfaite.
« Sur soixante essais, il y en a peut-être trois qui valent la peine. Mais c’est ce qui rend le processus fascinant. Rien n’est jamais acquis, tout est toujours à découvrir », confie-t-il.
Il privilégie une cuisson en une seule étape, limitant ainsi l’impact énergétique de son travail. « Il y a aussi une démarche écologique derrière tout ça. La terre est une ressource précieuse, il faut la respecter », ajoute-t-il.
Le partage au cœur de sa démarche
Paolo ne se contente pas d’enseigner dans un cadre académique. Il donne aussi des stages en Belgique, en France et en Italie, multipliant les échanges culturels.
Un des moments les plus marquants de son parcours reste une collaboration avec des artisans tunisiens.
« En 2019, j’ai participé à un échange culturel en Tunisie. J’y ai découvert une culture, une autre manière d’aborder la céramique, en prenant part à différents ateliers. Il y a eu une vraie alchimie entre nous », raconte-t-il.
Cet échange ne s’est pas arrêté là : il a invité une céramiste tunisienne à venir travailler avec lui en Belgique. Ensemble, ils ont créé une pièce mêlant leurs savoir-faire respectifs.
« J’adore ces collaborations. Elles me nourrissent autant que mes propres expérimentations », souligne-t-il.
Aujourd’hui encore, Paolo reste en contact avec ces artisans et rêve de nouveaux projets.
L’avenir : entre tradition et nouveaux horizons
Malgré ses années d’expérience, Paolo n’a rien perdu de son enthousiasme. Il continue d’explorer, de chercher, de repousser les limites de son art.
Il a récemment été invité à un symposium en Tunisie, où il travaillera aux côtés d’artistes venus du monde entier.
« Ces échanges sont essentiels. L’art ne doit pas être un processus solitaire. Il se nourrit des rencontres, des regards extérieurs », affirme-t-il.
Et le Japon dans tout ça ?
« C’est un rêve que je caresse depuis longtemps. J’ai déjà des contacts là-bas. Un jour, j’irai », dit-il avec un éclat dans les yeux.