Il y a des parcours qui ne suivent pas une ligne droite mais se construisent au fil des épreuves et des rencontres. Celui de Nathalie Lequenne en est un bel exemple. Aujourd’hui modèle vivant, elle n’a pas toujours évolué dans le monde de l’art. Son histoire commence ailleurs, dans un univers bien plus structuré : celui de la finance. Mais en 2008, tout bascule. Un cancer du sein l’oblige à redéfinir son rapport à son corps. Loin de se laisser abattre, elle décide d’en faire un outil d’expression et de transmission.
Comment as-tu découvert le métier de modèle vivant ?
« C’est une rencontre qui a tout déclenché. Une jeune femme, elle-même modèle, m’a parlé de son métier. J’ai eu un déclic. J’ai su immédiatement que c’était ce que je voulais faire. Pourtant, je n’avais aucun lien avec l’art à ce moment-là. J’ai donc commencé par suivre des cours de dessin pour comprendre ce que recherchaient les artistes, puis j’ai osé franchir le pas. »


Nathalie Lequenne
Modèle
Nathalie pose pour la première fois en 2013 et découvre une véritable vocation. Très vite, elle ressent le besoin d’aller plus loin et crée Amazon à croquer divinement, un projet artistique où différents artistes la représentent sous leur propre prisme. Une façon de montrer que le corps, même marqué, reste beau, vivant et vibrant d’histoires à raconter.
Un corps à offrir au regard des autres
A-t-il été difficile de te dévoiler ainsi ?
« Non, j’ai toujours été à l’aise avec mon corps, même après mon opération. Je ne suis pas pudique, et cette expérience m’a permis d’affirmer encore plus ce rapport apaisé à mon image. »
Mais être modèle vivant ne signifie pas simplement rester immobile. Nathalie voit ce métier comme une forme d’expression à part entière.
©Charles Lemaire


©Jean-Jacques Sagehomme
En quoi être modèle vivant est-il un véritable engagement artistique ?
« Beaucoup pensent qu’il suffit de s’asseoir et de ne plus bouger. Mais non, il faut donner quelque chose en plus. Chaque pose doit raconter une histoire, insuffler une émotion. J’essaie toujours de créer une dynamique, d’être à l’écoute de l’artiste en face de moi. Il y a une vraie interaction. »
La confrontation avec le regard des autres
Son corps, marqué par la maladie, a parfois suscité des réactions contrastées.
As-tu toujours été bien accueillie en tant que modèle ?
« Non, j’ai fait face à trois types d’artistes. Il y a ceux qui dessinent sans se poser de questions, ceux qui voient dans ma singularité un défi artistique et s’en inspirent, et puis il y a ceux qui refusent. Ceux pour qui ma différence est trop perturbante, qui ne veulent pas voir une cicatrice, une asymétrie. C’était dur au début d’entendre ces refus, mais j’ai compris que c’était leur propre peur qu’ils projetaient sur moi. »
À l’inverse, elle a souvent été étonnée de la bienveillance des étudiants en écoles d’art, parfois plus ouverts et curieux que certains artistes confirmés.
Un art de la patience et de l’endurance
Poser pour le dessin, la peinture ou la sculpture demande une endurance physique et mentale. Certaines séances exigent de tenir la même pose pendant trois heures, avec de brèves pauses.
Comment arrives-tu à supporter la douleur des longues poses ?
« C’est un véritable exercice mental. Au bout d’un certain temps, la douleur s’installe. Si je me concentre dessus, elle devient insupportable. J’ai appris à entrer dans un état de méditation, à me détacher de cette sensation pour ne pas la subir. »




Un métier encore mal compris
Si dans le monde artistique son travail est respecté, il est souvent mal perçu en dehors.
As-tu déjà été confrontée à des préjugés sur ton métier ?
« Bien sûr ! Très vite, on me renvoie à des clichés sexistes. Pour certaines personnes, poser nu, c’est forcément être une fille facile. J’ai déjà entendu des remarques comme ‘Ah bon, c’est un vrai métier, ça ?’. Mais seuls ceux qui connaissent ce milieu peuvent comprendre à quel point c’est une forme d’art en soi. »
Un rôle à jouer dans la transmission
Aujourd’hui, Nathalie continue à poser, non seulement pour des artistes professionnels, mais aussi pour des écoles d’art.
Quel est le rôle d’un modèle vivant dans l’apprentissage des étudiants ?
« C’est une vraie transmission. Je vois parfois des étudiants qui découvrent le dessin du corps humain pour la première fois. Ils ne savent pas par où commencer. Mon rôle, ce n’est pas juste d’être un sujet, c’est aussi de les aider à comprendre comment un corps fonctionne, comment une posture peut exprimer une émotion. »
Son travail va bien au-delà de la simple prestation. Elle incarne une muse, un vecteur d’inspiration, un pont entre la fragilité et la force.
Poser, est-ce aussi une forme de thérapie ?
« Pour moi, non, parce que je suis déjà bien avec mon corps. Mais pour les autres, oui. Si mon image peut aider quelqu’un à voir autrement le corps féminin, à mieux accepter ses propres imperfections, alors j’ai accompli quelque chose. »
L’avenir d’Amazon à croquer divinement
Aujourd’hui, Nathalie continue à explorer de nouvelles collaborations artistiques.
Quels sont tes projets ?
« Je souhaite continuer à poser, bien sûr, mais aussi à partager mon expérience. J’aimerais organiser d’autres expositions pour donner de la visibilité aux œuvres créées à partir de mon image. L’art est un langage universel, et j’espère que mon parcours pourra en inspirer d’autres. »
Nathalie Lequenne ne se contente pas d’être un modèle vivant. Elle est une histoire en mouvement, une femme qui a fait de son corps un manifeste, une invitation à repenser notre rapport à la beauté et à la résilience.


Amazone
à Croquer Divinement
Contact
Nathalie Lequenne
Site
www.amazoneacroquer.be
Crédit Photos : ©Charles Lemaire & ©Jean-Jacques Sagehomme