Michel Peetz
Peindre, c’est rester devant

Chez Michel Peetz, rien ne disparaît vraiment.Peintures, dessins, photographies restent accrochés aux murs de l’atelier. Non comme des œuvres achevées, mais comme des repères — des présences actives. Elles dialoguent, se corrigent à distance, se mettent à l’épreuve.

Lorsqu’il travaille un ciel à l’huile, il lui suffit de se retourner vers une photographie plus ancienne pour que quelque chose se réajuste. Une forme d’humilité, presque. Il reste du travail.
Ici, peindre ne consiste pas à produire une image.
C’est rester devant.

L’atelier comme boussole

L’atelier n’est pas un simple espace de production. C’est un lieu construit avec le temps, transformé, habité. Ancien hangar, jardin creusé comme un cloître, caravane devenue espace de vie : tout y converge vers une exigence simple — être là, face au travail.
Michel Peetz vit au milieu de ses images. Elles ne quittent pas les murs parce qu’elles continuent d’agir. Une peinture relance une photographie, un dessin vient contredire une toile. Il n’y a pas de hiérarchie, mais une tension constante.
Un espace à part, en plein centre-ville, mais protégé. On y entend les oiseaux, parfois un coq. La lumière y évolue lentement.

Regarder devient une pratique.

C’est ici que tout se joue.

Le temps long des images

Ici, le temps n’est pas un obstacle. C’est une condition.

Une peinture peut s’étendre sur quinze ans. Par superpositions de glacis, par ajustements successifs, l’image se construit lentement — moins observée que recomposée, entre mémoire du paysage et rigueur de construction. La perspective seule, précise, parfois presque géométrique, peut demander plusieurs jours avant même que le dessin ne commence.

Et pourtant, rien n’est jamais complètement fini.

Les œuvres reviennent d’exposition avec elles un doute, une possibilité de reprise. Chaque image reste ouverte, maintenue dans un état d’inachèvement assumé.

Peindre, c’est accepter de ne pas conclure.

Les lieux confondants

Dans certains dessins récents, Michel Peetz retourne l’image.

Des couloirs — inspirés notamment d’espaces liés aux maisons de repos — sont dessinés à l’envers. Ce geste introduit une perte de repères, une instabilité.

Mais cette confusion n’est pas seulement montrée — elle est traversée.

Dessiner à l’envers perturbe le geste, désoriente le regard, oblige à abandonner les automatismes. L’image cesse d’être évidente. Elle devient un espace incertain, presque mental.

Transmettre, puis revenir à soi

Pendant plus de trente ans, Michel Peetz a enseigné les arts plastiques. La classe constituait un espace d’échange, de présence, d’énergie.
Depuis qu’il a arrêté, une autre forme de solitude s’est installée. Plus radicale, mais aussi plus libre.
Aujourd’hui, il évoque un moment particulier : celui où les expériences accumulées peuvent converger. Comme si le travail commençait vraiment maintenant.
Non plus dans l’apprentissage.
Dans l’approfondissement.

Rester devant

À l’heure où les images circulent vite, se consomment et se remplacent, le travail de Michel Peetz propose une autre temporalité.
Une attention qui ne cède pas.
Une image qui ne se laisse pas finir.
Un regard qui reste.
Peindre, ici, ce n’est pas produire.
C’est tenir.