Germaine Rimbout
Quand la couleur devient mouvement

Certaines œuvres disparaissent sans bruit. Elles glissent hors du regard collectif, traversent les décennies dans un silence presque total, jusqu’au jour où quelqu’un rouvre une archive, déplie un dessin oublié ou remet une trajectoire artistique en lumière.

Aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, la présentation Germaine Rimbout — Poésie. Couleur. Mouvement. remet aujourd’hui en circulation une artiste bruxelloise dont l’œuvre n’avait plus été largement montrée depuis plusieurs décennies.

Née en 1894 à Saint-Josse-ten-Noode, Germaine Rimbout construit un parcours singulier, loin des récits dominants de l’histoire de l’art. Très tôt marquée par la poésie, la musique et l’observation du monde, elle développe progressivement un langage plastique où le dessin devient rythme et où la couleur finit par prendre le relais des mots.

Sa rencontre avec l’artiste Cécile Douard constitue un moment fondateur. Entre transmission artistique, amitié profonde et compagnonnage intellectuel, cette relation façonne durablement son regard. Ensemble, elles voyagent, observent, dessinent, lisent. Une manière d’habiter le monde qui laissera une empreinte profonde dans le travail de Rimbout.

D’abord influencée par le cubisme et le fauvisme, elle évolue progressivement vers une abstraction plus libre. Corps en mouvement, danse, sport, cirque, paysages, arbres, horizons maritimes : chez elle, le réel ne disparaît jamais totalement. Il se transforme. Les formes deviennent vibrations. Les silhouettes se dissolvent dans des compositions où lignes, couleurs et espaces dialoguent constamment.

Son travail sur papier occupe une place essentielle. Aquarelles, dessins, recherches chromatiques, expérimentations autour du geste : Germaine Rimbout construit une œuvre exigeante où la couleur n’est jamais décorative. Elle devient structure, rythme, tension.

Ce qui frappe particulièrement dans cette exposition, c’est la place accordée au processus créatif. Carnets, recherches, essais chromatiques et documents d’archives permettent d’entrer dans l’atelier mental de l’artiste. On découvre une pratique profondément réfléchie, méthodique, presque expérimentale.

L’exposition rappelle aussi une évidence parfois oubliée : nourrir son regard reste l’un des gestes les plus essentiels dans toute pratique créative.

Pour les étudiants, les artistes, les graphistes, les photographes ou simplement les curieux : pousser les portes d’un musée, c’est aussi enrichir sa bibliothèque intérieure.

Germaine Rimbout nous rappelle qu’une œuvre peut attendre longtemps avant de retrouver sa lumière.

Et qu’il n’est jamais trop tard pour regarder autrement.