Simon Delneuville
Peindre le temps
du monde

Chez Simon Delneuville, le paysage ne relève jamais du simple décor. Il devient un espace où se croisent histoire de l’art, transformations écologiques, mémoire des lieux et réflexion sur notre manière d’habiter le monde. Entre peinture en plein air et recherches conceptuelles, l’artiste développe une pratique où observer revient autant à comprendre un territoire qu’à questionner les images qui façonnent notre regard.

©Luc Stokart

Regarder n’est
pas voir

Il suffit d’écouter Simon parler quelques minutes pour comprendre qu’il ne peint pas seulement des paysages. Ou plus exactement : qu’il ne les peint plus comme autrefois. Chez lui, le territoire ne sert jamais d’arrière-plan. Il devient un terrain d’enquête où se rencontrent observation du réel, histoire culturelle du regard et attention portée aux transformations silencieuses du monde contemporain.

Formé à La Cambre, Simon Delneuville conserve du dessin une place fondamentale dans sa pratique. Le dessin n’est pas seulement un outil préparatoire ; il constitue déjà une manière de penser. « Plus on dessine, plus on voit », explique-t-il. Une phrase simple, presque discrète, mais qui résume une grande partie de sa démarche. Dessiner ne consiste pas seulement à représenter : cela oblige à analyser, comprendre, regarder autrement.

Cette manière d’apprendre à voir traverse particulièrement sa pratique du plein air. Peindre dehors, chez lui, ne relève ni d’une fidélité nostalgique à une tradition paysagiste ni d’un exercice romantique. C’est une méthode d’attention.

Les paysages qui changent

Autour de Gesves, où il vit aujourd’hui, Simon Delneuville observe depuis longtemps les territoires qui structurent son quotidien. Pourtant, derrière leur apparente évidence naturelle, quelque chose le dérange déjà. Les forêts qu’il regarde sont souvent composées de monocultures d’épicéas : des arbres du même âge, alignés selon une logique presque industrielle. Une « forêt géométrique », comme il la décrit lui-même.

Puis survient la crise des scolytes.

Les arbres tombent. Les paysages changent brutalement.

C’est à ce moment que la peinture en plein air devient centrale dans sa pratique. Revenir sur place. Observer pendant des heures. Recommencer. Écouter aussi ceux qui habitent les lieux : un garde forestier, un promeneur, un riverain qui raconte une anecdote. Peu à peu, le paysage cesse d’être une image. Il devient un ensemble de relations, d’usages, de récits humains.

Passer du temps sur un lieu modifie la manière de le comprendre. Là où la photographie saisit un instant, Simon Delneuville cherche une expérience plus lente, plus poreuse au réel.

Ce que nous avons appris à trouver beau

Cette question du regard traverse aussi Jolités, projet où l’artiste s’intéresse à l’histoire touristique de Spa et à la manière dont certaines représentations ont progressivement construit nos critères esthétiques. Les paysages que nous trouvons spontanément beaux ne sont peut-être pas si naturels qu’ils en ont l’air.

Pendant des siècles, des images, des objets décoratifs, des souvenirs de voyage ont contribué à façonner notre perception. Le pittoresque n’est pas une évidence : il appartient à une histoire culturelle.

Simon déplace alors volontairement notre attention vers des espaces souvent considérés comme secondaires : infrastructures techniques, bassins hydroélectriques, monocultures forestières, bordures d’autoroutes ou zones industrielles. Non pour provoquer, mais pour poser une question simple : pourquoi certains lieux nous semblent-ils immédiatement dignes d’être regardés quand d’autres restent invisibles ?

Quand la carte remplace le territoire

Cette réflexion prend une autre forme dans Ultimate Landscapes. Le projet naît d’une intuition presque vertigineuse : lorsque satellites, cartes numériques et images semblent avoir déjà entièrement représenté le monde, que reste-t-il encore à peindre ?

Simon Delneuville tire alors des coordonnées géographiques au hasard. Une portion d’un mètre carré est isolée via Google Maps avant d’être peinte à l’huile à l’échelle un sur un. Le hasard retire le choix du sujet. Le paysage devient pixel, grille, surface, fragment.

Le projet déplace profondément la question du paysage contemporain. Il ne s’agit plus seulement de représenter un territoire, mais d’interroger les outils qui fabriquent désormais notre rapport au monde.

©François Winants

S68°32'21'' O20°09'12''
N32°34'10'' O82°19'48'
N76°54'43'' O21°37'58''
©François Winants

an abstract photo of a curved building with a blue sky in the background

Hériter du paysage

Cette attention portée aux territoires trouve aussi un écho dans son intérêt pour John Constable, figure centrale de l’exposition actuelle au Pôle muséal des Bateliers à Namur. Simon Delneuville découvre le peintre anglais lorsqu’il est étudiant. Ce qui le touche n’est pas seulement la peinture elle-même, mais cette capacité à faire du paysage un document sur son époque.

Chez Constable, les campagnes anglaises racontaient déjà des transformations économiques, industrielles et sociales.

Deux siècles plus tard, Simon Delneuville poursuit autrement cette même attention.

Ses paysages ne montrent pas simplement le monde. Ils interrogent la manière dont nous le regardons.

PepperZine

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