Avis aux amoureux d'art et de découvertes inspirantes ! Pour ce nouvel épisode, Pepperzine est allé à la rencontre de Bénédicte de Meeûs, une artiste plasticienne et sculpteure basée à Namur. Son terrain de jeu ? La lumière, les couleurs et la transparence, capturées au travers d'un matériau d'une étonnante modernité : le plexiglas.

Bénédicte de Meeûs : La possibilité d'une lumière.

« Ce matériau me permet de choisir l'épaisseur et les couleurs des plaques, ce qui va contribuer à faire jaillir la lumière. C'est un jeu d'assemblage. »

Après des passages par le bronze, le papier ou encore la résine lors de ses années d'apprentissage à l'Académie de Namur chez Anneke Lauwaert, Bénédicte s'est tournée vers le plexiglas. Plus résistant et plus léger que le verre, le plexi s'est imposé comme une évidence.

« La lumière n’éclaire pas simplement les œuvres : elle en fait partie. Transparence, couleurs, superpositions et ombres transforment ses sculptures au fil des heures»

Du papier au plexi : la quête de la transparence

Après des passages par le bronze, le papier ou encore la résine lors de ses années d'apprentissage à l'Académie de Namur chez Anneke Lauwaert, Bénédicte s'est tournée vers le plexiglas. Plus résistant et plus léger que le verre, le plexi s'est imposé comme une évidence.

Si tu devais te présenter aujourd’hui, que dirais-tu de ton travail ?

Je suis sculpteure, même si l'on pourrait aussi parler d'artiste plasticienne. Mes pièces explorent les trois dimensions, mais mon travail se concentre avant tout sur la captation et la diffusion de la lumière à travers la structure.

Pour cela, j’utilise beaucoup le plexiglas. C’est un matériau qui me permet de jouer avec différentes épaisseurs et différentes couleurs. Par leur assemblage et par la structure que je leur donne, la lumière apparaît et se diffuse.

Comment une sculpture commence-t-elle ?

Je croque d’abord les formes. J’imagine une structure, je la dessine, puis je la découpe pour réaliser une sorte de maquette à taille réelle. Ensuite vient le choix des couleurs.

J’ai une centaine de références avec lesquelles je peux jouer. Mais ce qui m’intéresse surtout, c’est ce qui se produit lorsque les couleurs se superposent. Je peux placer un rose devant un bleu ou un vert fluorescent, par exemple, et regarder ce qui apparaît.

Il y a toujours une part de surprise. Et c’est justement ce que j’aime.

La lumière du lieu devient donc elle aussi une composante de l’œuvre ?

Oui. Chaque sculpture change en fonction de la lumière ambiante, qu’elle soit naturelle ou artificielle.
Si une œuvre est placée près d’une source de lumière naturelle, elle va évoluer tout au long de la journée. Elle peut devenir beaucoup plus lumineuse à certains moments et beaucoup moins à d’autres.
Les ombres participent également au travail. Certaines sculptures, notamment celles qui sont suspendues au mur et comportent beaucoup de transparence, projettent de très belles ombres sur les surfaces.
Finalement, l’œuvre n’est jamais tout à fait la même.

Et pourtant, il n’y a aucune source lumineuse à l’intérieur de tes sculptures.

Non. Et c’est assez amusant parce qu’à presque chaque exposition, quelqu’un me dit : « Tu devrais mettre une lumière dedans, une lampe. »
Ou alors les gens tournent autour de la sculpture en cherchant où se trouve la lampe. Je leur explique qu’il n’y en a pas. Ce ne sont pas des lampes. Ce sont des sculptures.

La découverte du travail de James Turrell a été importante dans ton parcours.

Oui, c’est probablement mon artiste préféré. Je l’ai découvert lorsque j’étais à l’Académie, pendant un cours d’histoire de l’art. Cela a été une sorte de révélation. Je me suis rendu compte qu’on pouvait réellement travailler avec la lumière et en faire une œuvre. J’étais jusque-là beaucoup dans la matière et j’évoluais progressivement vers autre chose. Mais je n’étais pas certaine qu’en tant qu’artiste on pouvait véritablement « traiter » la lumière.
Son travail m’a montré que oui.

Tu établis aussi un parallèle entre cette lumière et une lumière plus intérieure.

Oui. J’aime imaginer que nous avons chacun une petite lumière intérieure que nous pouvons faire évoluer.

Pour moi, cela rejoint l’idée d’évolution personnelle : la manière dont nous avançons, dont nous réagissons aux choses. C’est un travail qui me procure beaucoup de joie. La lumière change constamment, elle évolue. Elle est très vivante.

Photographie
originale :
Ed Schipul,
via Flickr — CC BY 2.0.

Tes formes restent pourtant très simples : le carré, le cercle…

Pour le moment, oui. J’aime les formes simples et épurées, mais elles possèdent aussi une dimension symbolique.

Le carré représente pour moi la stabilité. Le cercle est davantage lié au soi.

Peut-être que mon travail évoluera vers d’autres formes. Je ne sais pas. J’essaie actuellement de travailler plus grand et de manière parfois un peu plus intuitive.

Dans un travail aussi construit, laisses-tu malgré tout une place au
hasard ?

Oui. Il y a toujours des surprises.
Je prépare pourtant des plans extrêmement détaillés : les formes, les dimensions, les couleurs.
C’est un travail assez cérébral. Il faut prendre beaucoup de décisions.
Mais malgré toute cette préparation, on ne peut pas tout prévoir. Et cette part de surprise m’intéresse.

Comment sais-tu alors qu’une œuvre est terminée ?

Je le sens, simplement.

C’est difficile à expliquer. À un moment, je regarde la forme, les couleurs et je me dis : « Oui, c’est comme ça. »
Cela ne veut pas dire que j’aime toutes mes pièces de la même manière. Certaines me plaisent davantage que d’autres. Il arrive aussi qu’une œuvre résiste et que je doive la laisser de côté.

Le regard du public influence-t-il ton
travail ?

Je n’aime pas imposer aux gens ma manière de voir une œuvre. Chacun doit pouvoir y trouver ce qu’il souhaite.

Mais lorsqu’une personne est interpellée et commence à poser des questions, j’aime beaucoup discuter et donner quelques clés. Ces conversations peuvent être très intéressantes.

J’écoute aussi les réactions. Certaines remarques peuvent nourrir ma réflexion. Des personnes m’ont par exemple dit qu’elles avaient envie de pouvoir tourner autour de certaines sculptures. Cela m’a amenée à réfléchir à d’autres manières de les présenter et à développer des pièces à poser.

Je tiens compte de ce que j’entends, mais cela ne veut pas dire que je vais faire ce que l’on me demande.

La preuve : malgré les suggestions récurrentes du public pour faire évoluer mes pièces vers des objets fonctionnels, je tiens fermement à préserver leur statut de sculptures pures.

Si tu pouvais capturer une lumière, celle d’un lieu ou d’un souvenir, laquelle choisirais-tu ?

J’ai récemment vu la photographie d’une église dont certains vitraux étaient constitués d’une seule couleur. L’un était vert, je crois, un autre bleu.
Au lieu des vitraux traditionnels composés de nombreuses petites pièces et de dessins, toute l’ouverture était traversée par une seule couleur.

La lumière que cela projetait dans l’église était incroyable.
Oui… c’est quelque chose que j’aimerais pouvoir retrouver.

PepperZine

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